Garder le meilleur de nos souvenirs
n'est malheureusement pas possible. Nos corps sont marqués par nos expériences, pas de manière indélébile, pas de manière purement inconsciente, mais le contrôle qu'on exerce sur nos mémoires est limité.
Que faire alors des souvenirs difficiles, de ceux, obscurs, qui nous inspirent une curiosité sans contenu, de ceux qui nous poussent en dehors d'eux avec force? Peut-être les replacer dans leur contexte, dans la trame d'image, beaucoup plus neutre et complexe qu'on ne se l'imagine, de laquelle ils font partie.
Il m'est difficile de penser très constructivement à mon père, de le saisir par la mémoire, le regarder de tous côtés, et de le comprendre.
Au jour où j'écris ce mot, j'ai aidé un homme qui était tombé dans la rue à se lever. Il avait été opéré des fémurs, avait des béquilles, mais pas assez de force pour se mettre sur ses deux pieds tout seul. Je l'ai donc aidé en essayant de le porter. Cela n'était pas facile, même s'il avait une corpulence moyenne. A la seconde reprise, il a pu se redresser. Il m'a remercié avec un regard un peu fuyant, sans aucune trace de rancoeur, au contraire, mais avec un léger désemparement.
Cela m'a fait penser à mon père, à la façon dont il n'a jamais vraiment demandé d'aide, si ce n'est celle de l'amener faire des courses.